Sur le bord de cette plage vendéenne, je me prélasse, les pieds emmitouflés dans le sable et les cheveux dansant sur la mélodie du vent. L’air est frais, le ciel est sombre et parfois, quelques petites gouttes s’invitent afin de nous rappeler que le temps se gâte. Je vois les gens qui partent, un sac à la main et la serviette dans l’autre. Ils partent d’un pas lourd avec le poids de la déception sur les épaules. La déception de ne pas prendre une vague de plus, la déception de ne pas pouvoir prendre quelques couleurs supplémentaires. La plage se vide tel un jour froid d’hiver.
Les mines des enfants se fâchent, les parents s’empressent. Quelques personnes à l’espoir chaleureux s’abritent sous leurs serviettes. « Ce n’est que passager ma chérie » dit cet homme à sa femme. L’espoir c’est beau, l’espoir garde des gens en vie, l’espoir fait vivre m’a-t-on dit. Mais le ciel n’est pas de cet avis. J’observe ces nuages qui noircissent, ces nuages qui grossissent.
Et puis là, je fais la corrélation, les mots s’enchaînent sur le papier et je m’arrête ; ce temps me rappelle les histoires d’amour.
Un jour de septembre, l’été est encore là, le soleil s’invite, la brise du vent caresse gentiment le visage des passants. Qu’il fait beau ! Alors on se décide, on prend nos affaires et on se dit qu’aujourd’hui serait un jour de baignade et de bronzage. Les gens sont souriants, la bouche remplie de glace à la vanille. On s’étale, on s’installe et on s’apaise grâce au bruit des vagues qui s’abattent sur la côte. On entend le sable qui pétille et qui s’accroche à nos cheveux. Qu’est-ce qu’on est heureux.
Parfois, quelques nuages passent devant ce majestueux soleil de septembre. Des moments d’ombres qui s’offrent à nous grâce à cette partie de cache-cache improvisée.
Les enfants rigolent, les parents dorment. Les personnes arrivent, les personnes partent. Mais le flot de départ s’intensifie à mesure que le ciel est envahi par les nuages. Quelques rayons persistent mais l’espoir de passer une belle après-midi au bord de la plage s’amoindrit.
Les pessimistes avaient raison, septembre n’est pas juillet.
Les gouttes s’invitent, s’épaississent et deviennent de plus en plus nombreuses. Alors, on laisse tombé, on prends la voiture, direction la maison. À quoi bon attendre que le nuage passe, à quoi bon rester alors que le temps nous crie de partir.
Mais des gens restent, des gens s’abritent, serviette sur la tête en attente d’une accalmie. Des gens téméraires se jettent à l’eau ; quitte à être mouillé autant l’être complètement.
Finalement, ils avaient raison car le soleil revient et ses rayons lumineux balayent à nouveau les mines soulagées de ces gens patients et remplis d’espoir.
Tout ça, c’est comme l’amour. Il fait beau, l’air est frais et puis, au détour d’un café, l’amour s’invite à notre coeur. On tombe amoureux, telle une journée de de septembre que l’on improvise à la plage. Toutes les conditions s’y prêtent, on le sent, cette fois-ci ce sera le bon moment, la bonne histoire, la bonne personne. Les dîners au restaurant se multiplient, on mange du chocolat et des pop-corn, on rigole, on s’amuse, et puis on est heureux. Heureux d’être enfin avec quelqu’un qui nous fait sentir si bien. Heureux de se sentir si désiré. Alors on relâche la pression, on relâche les efforts et on laisse notre amour être bercé par les vagues. Comme on est persuadé qu’il fera beau et chaud toute la journée et qu’un parapluie ne sera pas nécessaire, ici, on s’abandonne à un amour platonique, on croit que les efforts ne valent plus la peine, on croit que l’autre nous est dû comme on croyait que le beau temps était acquis.
Malheureusement, les disputes se multiplient, les cris et les pleurs rythment nos soirées. On se pardonne et à nouveau, on s’oublie. Les mines deviennent maussades, on ne rigole plus, on ne s’amuse plus, les mains et les coeurs s’éloignent.
On se dispute, on se détruit, on parle chacun notre langage et on ne se comprend plus, on ne s’écoute plus. Les coeurs se déchirent et on se sépare. On se sépare parce qu’on a pas le choix, on se sépare parce qu’on est fatigués par ces disputes qui nous usent le coeur. On se demande pourquoi et comment, on se demande ce que l’autre a fait au lieu de s’interroger sur ce que l’on a pas fait.
Ces gouttes qui se sont invités à cette journée plage du mois de septembre sont comme ces disputes qui occupent de plus en plus nos soirées du vendredi soir. On ne comprends pas ; pourtant, tout avait si bien commencé, il faisait si chaud, l’amour était si fort. On s’aimait, on rigolait, on s’entendait si bien et puis, le ciel était si bleu.
Alors, j’ai compris que tous ces gens qui ont quittés cette plage à cause de la pluie, tous ces gens qui grelottaient face au vent glacial qui a remplacé si rapidement cette chaleur matinale, sont comme ceux qui s’abandonnent à l’amour et pensent que l’amour est le résultat d’un lâcher prise et que les efforts ne sont pas nécessaires au maintien d’une relation amoureuse. On ne peut pas s’abandonner à la météo, prévoir uniquement paréo et maillot de bain en pensant que l’été du mois de septembre est le même que celui de juillet.

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