lundi 2 octobre 2017

Ma lettre à la culture du régime




Chère culture du régime,

Aujourd’hui je t’adresse cette lettre, à toi qui a détruit tant de mères, soeurs, cousines, fillettes. À toi dont la présence qu’on ne remarque même plus. À toi qui a rendu ta présence si imperceptible qu’on ne remarque plus tes effets indésirables. 

Je ne sais plus à quel moment tu es rentrée dans ma vie. Je ne me souviens plus très bien de cette fois où j’ai commencé à détester mon reflet dans le miroir. À partir de ce moment, je ne me suis plus regardée pour voir à quel point la robe que maman m’avait achetée était jolie mais plutôt pour voir si j’avais pris du ventre après avoir engloutie un paquet entier de biscuit à la fraise. 

J’avais à peine 6 ans et je culpabilisais déjà sur ce lait au chocolat que j’avais bu ce matin. J’ai commencé mon premier régime à 7 ans. « Ce matin, ce sera du lait sans Nesquick » me disais-je. « Et puis, je prendrais pas de goûter à 4h ». Je ne sais pas quel a été le déclencheur, peut-être les moqueries des autres enfants ou ces publicités à la télé ou encore, ces barbies au corps si parfait avec lesquelles je jouais. 

Et toi, chère culture du régime, tu m’as suivie. Ta présence est devenue de plus en plus pesante à mesure que je grandissais. Tu étais présente à mes 14 ans où je réduisais de plus en plus mes portions. Tu étais présente à mes 16 ans où je me suis lancée à corps perdue dans le fitness et cette quête du corps parfait. Tu étais présente à mes 18 ans où je me suis lancée dans une « sèche » et que j’ai fini boulimique. 

Aujourd’hui j’ose te le dire, haut et fort, tu m’as pourrie la vie. Tu m’as fait pleuré, tu m’as fait perdre tout bon rapport à la nourriture, tu m’as détruite. À cause de toi, j’ai détesté mon reflet dans le miroir. J’ai détesté chaque parcelle de gras qui me composait. J’ai comparé mon corps à ces filles de magazines retouchées jusqu’à la moelle. 

Alors, je crois que c’est une lettre d’adieu. Je dis adieu à toutes tes attentes de minceur. Je dis adieu à cette quête du corps parfait inatteignable. Parce que tu le sais que ça ne suffira jamais, parce qu’on ne s’aimera jamais assez. 

Il y aura toujours ce bourrelet de trop, cet écart de cuisse pas assez important, ces jambes pas assez fines. 

Adieu à tout cet argent que tu m’as fait perdre. Adieu à tout ce temps que j’ai perdu à complexer devant mon miroir. Adieu à toutes ces attentes, à tous ces complexes, à toute cette haine contre moi-même. 



Adieu haineux de la part de celle que tu as un peu trop brisée. 

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