dimanche 26 septembre 2021

Ils disent que je suis instable, voilà ce que je leur réponds




 “Florine, tu es instable”


C’est l’étiquette qui me colle à la peau aux réunions de famille quand je parle de mon parcours de vie.

C’est le message qu’à voulu me faire passer cette conseillère Pôle Emploi quand elle m’a dit il y a un an et demi que je finirai au RSA si je continuais à changer aussi souvent de voie professionnelle.

C’est l’image que je renvoie quand je rencontre un mec à qui je dis que je n’ai aucun problème à quitter une relation qui ne m'épanouit pas. Même s'il y a un enfant au milieu. Même s'il y a un chien, un crédit immo, ou que sais-je... j'en ai rien à foutre. 

Florine. L’instable.

Celle qui passe d’études en études. 5 réorientations différentes. Dans des sujets qui vont de la médecine à la pâtisserie.

Celle qui est capable de tout plaquer en 3 jours pour aller vivre à 500km de chez elle. Et de tout vendre pour faire tenir sa vie dans un sac à dos de 70L en 3 semaines pour s’envoler à 7 698km avec un billet aller simple à l'autre bout du monde. 

Celle qui est capable de remettre continuellement en question ses opinions. D’être une vegan affirmée pendant 5 ans puis de manger à nouveau de la viande. 

Mais j’ai compris quelque chose.

Cette instabilité qu’on m’a tant reprochée.

Cette capacité de remettre mes opinions en question. 

Cette capacité de tout recommencer à zéro.

Cette capacité de pouvoir tout envoyer bouler du jour au lendemain.

C’est pas de l’instabilité.

C’est juste être capable de faire ce que 95% des gens sont incapables de faire aujourd’hui.

Combien de personnes restent dans leur boulot alors qu’ils en sont au point de compter les jours qui les séparent du weekend et de leur prochaine semaine de vacances ?

Combien de personnes restent dans des couples qui leur font se demander une fois couché sur l’oreiller le soir pourquoi sont-ils si malheureux ?

Combien de personne restent dans des vies fades, anodines et banales où ils ont coché toutes les cases… sauf celle du bonheur ?

Beaucoup trop.

Et ma manière de fonctionner, celle qui effraie tous ceux à qui je parle de mon chemin, celle qui fait froncer les yeux en mode “Tu as 22 ans et tu as fait tout ça?”…

Ce n’est pas de l’instabilité…

C’est juste de l’incapacité à rester dans des situations qui ne me rendent pas profondément heureuse.

Je ne suis pas instable.

Je suis juste beaucoup trop attachée à mon épanouissement et à mon bonheur pour me laisser périr dans des situations fades.

Je ne suis pas instable.

C’est juste vous qui êtes trop stable dans vos vies bien rangées qui ne vous rendent pas heureux.

Je ne suis pas instable.

Je ne fais que vivre la vie. À fond.

Sans jamais avoir peur de tout recommencer à zéro.
Sans jamais avoir peur d’envoyer bouler tout ce qui me fait profondément chier.
Et sans jamais avoir peur de ce que les gens vont bien pouvoir penser de moi.

Alors à ceux qui me disent : “Florine, tu es trop instable”…

Je vous réponds : “C’est vous qui êtes trop stable”. 

samedi 30 janvier 2021

Postpartum à la con


Postpartum à la con. Quel titre. Mes mots seront crus. Mes mots seront réels. Un bonheur immense qui se contraste à une tristesse qui te remplit inopinément le cœur. Un bonheur qui pourtant te remplit les yeux de larmes au moment de ta seule douche de la journée. 

Postpartum à la con. Je me rappelle de ces heures à pleurer, isolée de tous, cachée par la pénombre de ma culpabilité. Ces poings que j'ai cognés sur le mur par la rage de ce temps qui manque. Ces jambes qui se sont croulées sur le sol par manque de sommeil. 

Postpartum à la con. Postpartum auquel t'as beau être préparée, t'as quand même l'impression de te prendre un parpaing de 10kg dans la figure. 

Postpartum à la con. On te dit que c'est un bouleversement merveilleux, une vague de bonheur. Oui, en effet, un bonheur qui t'étouffe, un bonheur qui te fait verser 1L de larmes à l'heure, oscillation constante entre le bonheur d'avoir donné la vie et le regret de t'être demandée pourquoi putain t'as décidé de prendre le chemin de la maternité. 

Postpartum à la con. Mes mots sont crus. Mes mots sont réels. Je suis désolée pour la désillusion que je pourrais causer chez certaines. Ras le cul que la société fasse croire que donner la vie ce n'est que paillette, bonheur & joie. Le postpartum, c'est dur. Putain. Et t'as beau le savoir, t'as beau avoir lu des bouquins et écouter des podcasts, t'as beau avoir lu le hashtag #MonPostPartum, putain, la claque est tellement violente. 

Postpartum à la con. Maternité je t'aime, comme je te déteste. Putain, qu'est-ce que c'est dur d'être une mère. Comment on fait quand on ne se reconnaît plus du jour au lendemain ? Quand le reflet du miroir reflète dorénavant l'image d'une inconnue ? 

Postpartum à la con. Personne ne te dit que l'accouchement, c'est la naissance de deux personnes : toi et ton enfant. Et vas-y que tu apprends à apprivoiser cet être récemment sorti de ton utérus, que tu dois aussi apprendre à t'acclimater à ta nouvelle identité. 

Postpartum à la con. Je m'attendais à un changement brutal. Je me souviens m'être dit "Ah moi pour l'instant ça va, je ne me sens pas trop chamboulée". Putain, quelle désillusion. Les jours passent, la brise devient vent, et le vent devient une putain de tempête. Une tempête qui te détruit tout sur son passage, sans te prévenir. Qui t'arrache de ta terre sans que tu ai même le temps de t'y préparer. 

Postpartum à la con. Mes mots sont crus. Mes mots sont confus. C'est pourtant comme ça que je l'ai vécu mon postpartum. Un bonheur profond, un sentiment de gratitude immense d'avoir donné la vie à un petit humain que j'ai fabriqué. Mais aussi un immense sentiment de mélancolie qui t'enivre sans raison, une sombreur qui contraste à la lumière naissante, une tristesse qui te guette prête à t'aspirer à tout moment dans une dépression postpartum.

Postpartum à la con. Merci pour toutes ces neurones que j'ai perdues. Ces amnésies qui me font oublier bien trop souvent pourquoi je suis rentrée dans une pièce. Personne ne te parle de ce cerveau qui devient une bouillie de neurones en déperdition. 

Postpartum à la con. Ce corps en souffrance pendant de longues semaines. Cette peur d'aller aux toilettes en ayant à chaque fois l'impression que tes organes sont prêts à s'extirper de ton corps. Ces quantités infinies de sang que tu perds encore et encore, sans que tu n'en vois la fin. 

Postpartum à la con. Tu es aussi merveilleux que tu es cruel. Tu me fais rire de bonheur face à mon nouveau né, comme tu me fais pleurer de ne pouvoir avoir une seule seconde à moi. Tu me remplis de joie comme tu me remplis de tristesse.

Postpartum à la con. Certains diront que j'aurais dû la laisser quelques heures. Certains diront que c'est moi qui ai choisi de la garder au plus près de moi en choisissant le maternage proximal et que je n'ai pas le droit de me plaindre. Je vous emmerde. Je me plaindrai autant de fois que je le veux.

Postpartum à la con. Gens à la con qui te disent d'arrêter l'allaitement, de faire garder ton enfant, de prendre du temps pour toi. Vous n'avez rien compris. Et vous ne comprendrez certainement jamais. 

Postpartum à la con. Merci de m'avoir transformé. Merci pour toutes les épreuves que tu m'as faite traversées qui façonnent la mère que je suis et celle que je deviens. Tu es une période éprouvante, et on a beau le savoir en tant que future maman, toi tu le sais qu'on ne peut jamais se préparer à l'intensité de ton déferlement. Merci pour ton charme comme pour ta laideur. 

Postpartum à la con. Peut-être qu'on se reverra. En attendant, je m'en vais tout reconstruire après le désordre que tu as foutu. 



dimanche 17 février 2019

Être de ceux qui ne trouvent par leur voie professionnelle


« Qu’est-ce que tu veux faire comme métier plus tard ? »

Cette question a toujours été ma hantise.

Famille, école, société, ils ont tous cette question à la bouche dès que les premiers mots d’un enfant sont prononcés.

Tu fais peut-être partie de ceux qui ont une réponse automatique sans aucun doute ou hésitation. Ceux qui savent depuis enfant qu’ils veulent faire médecin, avocat ou maraîcher. Qui n’ont jamais eu l’ombre d’une hésitation.

Ou alors tu fais peut-être parti de la même catégorie que moi. Ceux qui répondent avec un vulgaire « Je ne sais pas trop, on verra ce que l’avenir nous réserve… ».

Si tu lis ces mots, tu fais peut-être parti de la deuxième catégorie. De ceux qui cherchent leur avenir sur Google, qui se demandent s’ils sont les seuls à galérer avec leur propre avenir.

Bonne nouvelle : tu n’es pas seul. Je ne sais pas combien on est, mais on est au moins 2 et c’est déjà pas mal.

Cet article n'est pas de ceux qui ont pour but de te donner cette fameuse réponse, cette fameuse idée qui te fait dire « Oh putain, mais c’est ça que je veux faire, j’ai enfin trouvé LA réponse, LE métier ».

Mauvaise nouvelle : je n’ai toujours pas résolu l’énigme de l’orientation. En fait, je suis clairement un mauvais exemple. 

J’ai 20 ans, j’ai fait 3 formations différentes depuis le bac et je n’ai jamais été aussi paumée. Désolé.

J’aimerais avoir la recette miracle.

J’aimerais pouvoir me dire qu’un beau jour ça finira par me tomber dessus. Qu’un matin je me réveillerais en étant persuadée du chemin à suivre.
 
J’aimerais pouvoir ne pas m’inquiéter du temps qui passe. Pouvoir me lever le matin sans me demander de quoi est fait mon avenir.

Mais que répondre à sa famille qui s’inquiète de te voir divaguer à droite, à gauche.
Je n’ai pas toujours trouvé les bons termes, les bonnes tournures de phrases pour rassurer ceux qui s’inquiètent.

Parfois, je ressens même de la culpabilité. Je vois ceux qui avancent autour de moi, qui suivent le chemin sans jamais divaguer. Au fond, j’aurais peut-être aimé être comme ça. Avancer sans jamais me poser de question.

Mais je ne suis pas comme ça et tu ne l’es peut-être pas non plus. Et c’est pas grave en fait. 

Je crois qu’on n’a pas à ressentir de la culpabilité. Aucunement.

Parce que la vie est courte et que personne ne doit suivre un chemin qui ne lui plaît pas.

On a tous le droit de faire marche arrière, de prendre le temps qu’on a besoin pour savoir où on va.

J’ai fait nombre de fois demi-tour. J’ai recommencé, encore et encore.

On est sur cette Terre pour expérimenter. La vie est courte mais elle est assez longue pour faire toutes les choses qui font vibrer ton âme.

Ta vie n’a pas à être toute tracée. La société te dit qu’à 30 ans, tu dois avoir un travail stable, une propriété, des enfants, un chien. Mais on lui dit merde à la société, non ?

Parce que si à 30 ans, t’as tout ça mais que tu sens au fond de toi que t’es pas heureux, que tu n’es pas sur le bon chemin, à quoi ça sert ?

C’est ta vie. C’est ton bonheur. Ce sont tes choix.

Je sais à quel point ça peut être culpabilisant de voir ceux qui avancent alors que toi tu reste en place. Tu te demande ce qui ne va pas chez toi. Pourquoi tu n’arrives pas à avancer. Pourquoi tu n’es pas de ceux qui connaissent leur chemin.

J’ai retourné des milliers de fois la carte pendant de si nombreuses heures.

J’ai fait des tests d’orientations, j’ai passé des jours entiers sur l’Onisep en tort et en travers.

Mais je n’ai jamais trouvé de réponses parmi les chemins prédéfinis. Malheureusement.

Un jour, j'ai été à un salon d'orientation et l'Onisep proposait un test en ligne. Le résultat a été quelque peu surprenant : "Nous sommes désolés mais nous n'avons pas réussi à établir un profil." Bon d'accord, merci quand même. 

Alors, voilà. Je ne sais pas si un jour j'aurais la réponse. 

Tout ce que j'espère, c'est pouvoir un jour me réveiller et aller faire un travail que j'aime. 

Aller au travail le lundi sans penser au week-end ou aux prochains congés payés. 

Aller au travail en étant heureuse et passionnée. 

Je suis peut-être un peu trop rêveuse sur les bords mais je crois que la vie est trop courte pour faire un métier qui ne nous plaît pas. Trop courte pour continuer dans des chemins qui nous angoissent. 

Peut-être que l'on cherche les réponses au mauvais endroit. Qu'on s'entête à vouloir faire des diplômes pour faire plaisir à ceux qui nous aiment et par sécurité. Mais au fond qu'est-ce que la sécurité si elle ne te rend pas heureux ? 

Alors, il n'y a pas de solution miracle pour les gens comme nous. 

Je te dirais d'expérimenter, d'essayer et de faire les choses qui te font envie. Je te dirais de faire tout ce qui te donne envie pour pouvoir mourir un jour sans regret. 

Chacun a son chemin, chacun a besoin d'un temps qui lui est propre. 

Ne te compare pas aux autres et avance à ton rythme. 

Laisse pétiller ton cœur, laisse briller ton âme et donne toi la chance d'être heureux. 

samedi 16 février 2019

À l'enfant que j'étais






À l'enfant que j'étais ,

Je sais que parfois les temps sont durs et que tu pleures sous l’oreiller dans l’obscurité de ta chambre. Je sais que derrière ce sourire que tu arbores à l’école se cache une tristesse qui se dévoile la nuit tombée. 

Je sais que tu traverses des périodes plus difficiles que d'autres, je sais que parfois tu déprimes dans cette vie dans laquelle tu ne te sens pas souvent bien. 

J’aurais aimé être à tes côtés et te conseiller avec ma maturité plus grande que la tienne ; j’aurais aimé pouvoir te prendre dans mes bras et te rassurer sur le futur qui t’attends. 

Mais tu n’es qu’une enfant, qu'une adolescente perdue dans le cercle de la croissance, perdue dans les méandres du questionnement sur toi-même. Je sais que tu es paumée, paumée dans cette peau que tu aimerais changer.

Chère Florine, oui je sais que la vie n’est pas souvent gentille avec toi, mais je sais à quel point tu te bats chaque jour contre toi-même, contre ces pensées qui te poussent à vouloir t’effacer de cette vie. 

Alors j’aimerais te dire, ne fais pas ci, ne fais pas ça. Mais après tout, qu’est-que la vie sans apprendre, qu’est-ce que la vie sans erreurs. 

Tu n’es qu’une enfant, qu’une adolescence, qu’une âme à la recherche de son rôle à jouer. Oui, tu fais et tu feras des erreurs, tu commettras des interdits, tu n’écouteras pas toujours ce que l’on te dit. 

Mais, je te le dis, moi qui suis encore toi aujourd’hui, vis ta vie, commets ces erreurs, continue à ne pas écouter ce que l’on te dit, continue à croire en ce tu crois, continue à poser tes pieds sur ce chemin qui t’effraie. 

La vie n’est pas tendre mais tu le sais, la vie est belle. 

Et derrière ce couteau qui te blesse le poignet, je le vois, je le sens cet espoir qui te berce. Cet espoir d’une vie meilleure qui te maintient à exister dans ce monde que tu aimerais pourtant tant parvenir à t’échapper. 

Alors, aujourd’hui je te le dis, montre au monde qui tu es et n'ai guère peur du regard des autres. Continue à être cette enfant, cette adolescente un peu cassée. Je n’ai guère de conseils à te donner parce que la vie est telle que tu apprendras par toi-même quelles sont les erreurs à ne pas commettre. 

Parce que la vie n’est pas souvent rose, parce que la vie est de la couleur dont laquelle tu souhaites. 


Milles câlins, 


à la Florine que j'étais. 

mercredi 15 août 2018

Jamais assez malade




Il y a de ces sujets difficiles. Délicats. Ces sujets que l’on aborde qui nous ont pourtant concerné pendant des années sans que personne ait pu réellement le voir ou réellement saisir sa gravité.

Je ne sais plus quand cela a commencé. Quand cela a viré à une obsession complète. Quand la nourriture est devenue mon moyen de me faire du mal. Ou plutôt, mon manque de nourriture.

Ça a commencé par une simple envie de perdre du poids. Et ça a dégénéré. Complètement.

Les kilos s’en allaient. Peu à peu. Et mon obsession est devenue de plus en plus intense.

Se peser tous les matins. Tous les soirs. Avant de se coucher. Après avoir mangé.

Faire de l’exercice à chaque moment de la journée. Serrer les abdominaux. Rester debout. Faire 600 abdos tous les jours. Tous les putains de jours.

Mesurer son tour de bras en essayant sans cesse de vouloir pouvoir le faire en un tour de main. Regarder son reflet dans le miroir. Voir toujours à quel point j’étais grosse, à quel point j’avais encore et encore besoin de perdre du poids. Et m’ajouter 100 abdos de plus pour la culpabilité.

Mon assiette se composait d’à peine 5 bouchées à avaler. Plusieurs litres d'eau à avaler par jour pour oublier la famine, les gargouillements qui rappellent que je n'ai pas mangé depuis longtemps. Trop longtemps. 

« Je n’ai pas faim ce soir » disais-je. Presque tous les soirs. « J’ai trop mangé à la cantine ce midi ». Des excuses, et toujours des excuses. Pour cacher le mal que je me faisais endurer. Pour cacher cette maladie qui me rongeait de plus en plus chaque jour.

Et je n’avais pourtant pas l’impression d’être malade. Je voulais juste perdre du poids, juste atteindre cette perfection que je voyais à la télé et dans les magazines depuis des années. Atteindre cet idéal que l’on nous vendait.

Après une enfance remplie de gourmandise, j’avais juste envie qu’on arrête de me dire que j’étais grosse. Pour une fois, qu’on arrête de me dire que je devais perdre du poids.

J’avais réussi. Parfaitement. On finissait même par me dire que j’étais trop maigre. Mais je ne comprenais pas que j’avais franchi la ligne de trop, que j’étais partie beaucoup trop loin de l’objectif initial.

Les années ont passés. L’obsession est restée. L’anorexie est devenue boulimie. Manger à n’en plus finir, se faire vomir, compenser par le sport. 

Et le mal est encore là. Cette petite voix me suppliant de ne pas prendre de repas résonne. Encore et encore. Je lutte. Je lui fais comprendre que je ne me laisserais pas faire une fois de plus. Je refuse de croire, une fois de plus, que ma vie se résume à faire de moi un simple tas d’os toujours plus léger.

Parfois, je n’y arrive pas. Parfois, je cède. Je recommence à croire que la maladie est ce que j’ai de plus précieux. Je recommence à faire confiance en cette voix qui continue à me faire croire que je suis trop grosse. Trop de gras. Trop de calories. Trop de sucre. Trop de poids sur la balance.

Et la vérité est que je ne sais pas si un jour je ne finirais pas être guérie. Si un jour, l’obsession sur chaque bouchée que j’avale partira. Si un jour, je pourrais manger sans penser au nombre de calories. Sans penser au nombre d'heures de sport que je vais devoir faire pour éliminer. Sans penser à l’impact que cela aura sur mon corps. Sans penser à me gaver de cette tablette de chocolat pour que demain, enfin, je puisse prendre un nouveau départ et commencer à nouveau ce régime.

J’avance. J’essaye de me libérer. De ne plus avoir peur du poids qui monte sur la balance. De ne plus avoir peur d’être grosse en pensant que c’est la pire chose qui puisse m'arriver.

J’essaye de ne plus mettre les doigts à la gorge après m’être gavée de nourriture. J’essaye de ne plus me réfugier sur le tapis de course pour compenser ces calories de trop. J’essaye de ne plus regarder mon reflet en pensant à quel point j’ai besoin de perdre du poids. De toute mes forces, j'essaye. Je lutte. 

Il y a souvent des victoires mais parfois des échecs. J’y mets toutes mes forces, mais la bataille est souvent difficile quand on est seule face à une telle force. 

Et je sais que c’est dans ma tête que tout se passe. Que j’aurais beau à avoir la peau sur les os, que j’aurais beau pouvoir faire le tour de mon bras avec ma main, le dégoût face au reflet restera. Elle s’ancrera toujours, qu’importe l’aspect physique de mon corps. 

Mais j’ai fait le choix de guérir. De laisser derrière moi tous ces aspects qui ont bouffé mon adolescence. De faire face aux victoires comme aux échecs. Et de pouvoir dire, au moins, au revoir à cette maladie qui m’a rongé et qui continue à ronger tant de filles, tant de femmes et d’hommes partout dans le monde.

L’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie sont des réelles maladies qui peuvent être visibles comme invisibles. Elles touchent n’importe qui. Faites attention à vos paroles, à votre comportement. Faites attention à vos enfants, à vos remarques, à vos pensées. Un rien peut briser une personne déjà amochée.

jeudi 26 juillet 2018

Douleurs atténuées




Est-ce qu’on fini vraiment par être réparé ? Je veux dire, une fois qu’on a été brisé, que notre âme a été morcelé et notre cœur, piétiné, peut-on réellement redevenir la personne que l’on était avant la fameuse déchirure, avant que le bleu ne vire au gris ?

Une fois que les larmes ont ruisselé sur la pente de nos joues, que la douleur s’est forgée dans le creux du poignet et que la mort a paru être la seule échappatoire, peut-on réellement oublier la souffrance infligée et la colère ardente ?

Les années passent, l’âge devient plus grand et notre résistance face aux difficultés de la vie s’accroît. On devient plus mature, moins fragile, plus responsable.

Mais lorsque les jours deviennent de plus en plus difficiles, que le bonheur s’essouffle et que la fragilité revient, arrivera-t-on à surmonter une fois de plus les difficultés qui s’opposent à nous ? Arrivera-t-on, une fois de plus, à trouver la force nécessaire au combat ?

Ils nous disent que les difficultés de la vie nous rendent plus forts, plus solides, plus heureux. Mais si c’était le contraire ? Et si, à chaque combat, on s’épuisait ? Et si, les vivres devenaient moins nombreuses à chaque défaite face à la vie, à chaque larme qui coule, à chaque cri de douleurs ?

Et si, et si.

La vie est faite de bonheurs, de cruauté, de passages à vide, de douleurs et d’espoirs. J’aime la vie et ses combats qui m’ont façonnés. Ses hauts et ses bas. Les bonheurs, les douleurs ; ça fait parti de l’ensemble, du coffret cadeau.

Les douleurs ne disparaissent pas. Elles s’essoufflent, elles prennent moins de place ou sont remplacées par des douleurs plus vives, plus intenses. Mais elles garderont toujours leurs places au fond de nous, bien au chaud, à l’abri de l’espoir et du renouveau.

Et peut-être qu’un jour, elles se raviveront. Et peut-être pas. Peut-être qu’on n’aura plus jamais à revivre cette souffrance si pénible, cette souffrance si brutale qui fait souhaiter de ne plus jamais ouvrir les yeux.

Et si, le jour, où tout se rallumera, où on sentira de nouveau cette boule au fond de sa gorge, cette brûlure au cœur, cette attirance vers les lames qui nous font du mal, on se rappelait que l’on y a déjà survécu ?  Et si, malgré les forces qui s’affaiblissent et les fragilités qui s’installent, on acceptait cette douleur qui fait si mal mais que l’on connaît déjà ?

La vie nous arme. Elle nous rend plus fort, ils ont raison. On s’essouffle peut-être plus vite, les fragilités sont plus nombreuses mais nous avons déjà tout pour lutter, tout pour faire éclore la lumière et s’avancer vers de nouveaux espoirs.




lundi 2 octobre 2017

Ma lettre à la culture du régime




Chère culture du régime,

Aujourd’hui je t’adresse cette lettre, à toi qui a détruit tant de mères, soeurs, cousines, fillettes. À toi dont la présence qu’on ne remarque même plus. À toi qui a rendu ta présence si imperceptible qu’on ne remarque plus tes effets indésirables. 

Je ne sais plus à quel moment tu es rentrée dans ma vie. Je ne me souviens plus très bien de cette fois où j’ai commencé à détester mon reflet dans le miroir. À partir de ce moment, je ne me suis plus regardée pour voir à quel point la robe que maman m’avait achetée était jolie mais plutôt pour voir si j’avais pris du ventre après avoir engloutie un paquet entier de biscuit à la fraise. 

J’avais à peine 6 ans et je culpabilisais déjà sur ce lait au chocolat que j’avais bu ce matin. J’ai commencé mon premier régime à 7 ans. « Ce matin, ce sera du lait sans Nesquick » me disais-je. « Et puis, je prendrais pas de goûter à 4h ». Je ne sais pas quel a été le déclencheur, peut-être les moqueries des autres enfants ou ces publicités à la télé ou encore, ces barbies au corps si parfait avec lesquelles je jouais. 

Et toi, chère culture du régime, tu m’as suivie. Ta présence est devenue de plus en plus pesante à mesure que je grandissais. Tu étais présente à mes 14 ans où je réduisais de plus en plus mes portions. Tu étais présente à mes 16 ans où je me suis lancée à corps perdue dans le fitness et cette quête du corps parfait. Tu étais présente à mes 18 ans où je me suis lancée dans une « sèche » et que j’ai fini boulimique. 

Aujourd’hui j’ose te le dire, haut et fort, tu m’as pourrie la vie. Tu m’as fait pleuré, tu m’as fait perdre tout bon rapport à la nourriture, tu m’as détruite. À cause de toi, j’ai détesté mon reflet dans le miroir. J’ai détesté chaque parcelle de gras qui me composait. J’ai comparé mon corps à ces filles de magazines retouchées jusqu’à la moelle. 

Alors, je crois que c’est une lettre d’adieu. Je dis adieu à toutes tes attentes de minceur. Je dis adieu à cette quête du corps parfait inatteignable. Parce que tu le sais que ça ne suffira jamais, parce qu’on ne s’aimera jamais assez. 

Il y aura toujours ce bourrelet de trop, cet écart de cuisse pas assez important, ces jambes pas assez fines. 

Adieu à tout cet argent que tu m’as fait perdre. Adieu à tout ce temps que j’ai perdu à complexer devant mon miroir. Adieu à toutes ces attentes, à tous ces complexes, à toute cette haine contre moi-même. 



Adieu haineux de la part de celle que tu as un peu trop brisée.