Est-ce qu’on fini vraiment par être réparé ? Je veux
dire, une fois qu’on a été brisé, que notre âme a été morcelé et notre cœur, piétiné,
peut-on réellement redevenir la personne que l’on était avant la fameuse
déchirure, avant que le bleu ne vire au gris ?
Une fois que les larmes ont ruisselé sur la pente de nos
joues, que la douleur s’est forgée dans le creux du poignet et que la mort a
paru être la seule échappatoire, peut-on réellement oublier la souffrance infligée
et la colère ardente ?
Les années passent, l’âge devient plus grand et notre
résistance face aux difficultés de la vie s’accroît. On devient plus mature, moins
fragile, plus responsable.
Mais lorsque les jours deviennent de plus en plus
difficiles, que le bonheur s’essouffle et que la fragilité revient, arrivera-t-on
à surmonter une fois de plus les difficultés qui s’opposent à nous ?
Arrivera-t-on, une fois de plus, à trouver la force nécessaire au combat ?
Ils nous disent que les difficultés de la vie nous rendent
plus forts, plus solides, plus heureux. Mais si c’était le contraire ? Et
si, à chaque combat, on s’épuisait ? Et si, les vivres devenaient moins
nombreuses à chaque défaite face à la vie, à chaque larme qui coule, à chaque
cri de douleurs ?
Et si, et si.
La vie est faite de bonheurs, de cruauté, de passages à vide,
de douleurs et d’espoirs. J’aime la vie et ses combats qui m’ont façonnés. Ses
hauts et ses bas. Les bonheurs, les douleurs ; ça fait parti de l’ensemble,
du coffret cadeau.
Les douleurs ne disparaissent pas. Elles s’essoufflent,
elles prennent moins de place ou sont remplacées par des douleurs plus vives,
plus intenses. Mais elles garderont toujours leurs places au fond de nous, bien
au chaud, à l’abri de l’espoir et du renouveau.
Et peut-être qu’un jour, elles se raviveront. Et peut-être pas.
Peut-être qu’on n’aura plus jamais à revivre cette souffrance si pénible, cette
souffrance si brutale qui fait souhaiter de ne plus jamais ouvrir les yeux.
Et si, le jour, où tout se rallumera, où on sentira de
nouveau cette boule au fond de sa gorge, cette brûlure au cœur, cette attirance
vers les lames qui nous font du mal, on se rappelait que l’on y a déjà survécu ?
Et si, malgré les forces qui s’affaiblissent
et les fragilités qui s’installent, on acceptait cette douleur qui fait si mal
mais que l’on connaît déjà ?
La vie nous arme. Elle nous rend plus fort, ils ont raison.
On s’essouffle peut-être plus vite, les fragilités sont plus nombreuses mais
nous avons déjà tout pour lutter, tout pour faire éclore la lumière et s’avancer
vers de nouveaux espoirs.

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