samedi 30 janvier 2021

Postpartum à la con


Postpartum à la con. Quel titre. Mes mots seront crus. Mes mots seront réels. Un bonheur immense qui se contraste à une tristesse qui te remplit inopinément le cœur. Un bonheur qui pourtant te remplit les yeux de larmes au moment de ta seule douche de la journée. 

Postpartum à la con. Je me rappelle de ces heures à pleurer, isolée de tous, cachée par la pénombre de ma culpabilité. Ces poings que j'ai cognés sur le mur par la rage de ce temps qui manque. Ces jambes qui se sont croulées sur le sol par manque de sommeil. 

Postpartum à la con. Postpartum auquel t'as beau être préparée, t'as quand même l'impression de te prendre un parpaing de 10kg dans la figure. 

Postpartum à la con. On te dit que c'est un bouleversement merveilleux, une vague de bonheur. Oui, en effet, un bonheur qui t'étouffe, un bonheur qui te fait verser 1L de larmes à l'heure, oscillation constante entre le bonheur d'avoir donné la vie et le regret de t'être demandée pourquoi putain t'as décidé de prendre le chemin de la maternité. 

Postpartum à la con. Mes mots sont crus. Mes mots sont réels. Je suis désolée pour la désillusion que je pourrais causer chez certaines. Ras le cul que la société fasse croire que donner la vie ce n'est que paillette, bonheur & joie. Le postpartum, c'est dur. Putain. Et t'as beau le savoir, t'as beau avoir lu des bouquins et écouter des podcasts, t'as beau avoir lu le hashtag #MonPostPartum, putain, la claque est tellement violente. 

Postpartum à la con. Maternité je t'aime, comme je te déteste. Putain, qu'est-ce que c'est dur d'être une mère. Comment on fait quand on ne se reconnaît plus du jour au lendemain ? Quand le reflet du miroir reflète dorénavant l'image d'une inconnue ? 

Postpartum à la con. Personne ne te dit que l'accouchement, c'est la naissance de deux personnes : toi et ton enfant. Et vas-y que tu apprends à apprivoiser cet être récemment sorti de ton utérus, que tu dois aussi apprendre à t'acclimater à ta nouvelle identité. 

Postpartum à la con. Je m'attendais à un changement brutal. Je me souviens m'être dit "Ah moi pour l'instant ça va, je ne me sens pas trop chamboulée". Putain, quelle désillusion. Les jours passent, la brise devient vent, et le vent devient une putain de tempête. Une tempête qui te détruit tout sur son passage, sans te prévenir. Qui t'arrache de ta terre sans que tu ai même le temps de t'y préparer. 

Postpartum à la con. Mes mots sont crus. Mes mots sont confus. C'est pourtant comme ça que je l'ai vécu mon postpartum. Un bonheur profond, un sentiment de gratitude immense d'avoir donné la vie à un petit humain que j'ai fabriqué. Mais aussi un immense sentiment de mélancolie qui t'enivre sans raison, une sombreur qui contraste à la lumière naissante, une tristesse qui te guette prête à t'aspirer à tout moment dans une dépression postpartum.

Postpartum à la con. Merci pour toutes ces neurones que j'ai perdues. Ces amnésies qui me font oublier bien trop souvent pourquoi je suis rentrée dans une pièce. Personne ne te parle de ce cerveau qui devient une bouillie de neurones en déperdition. 

Postpartum à la con. Ce corps en souffrance pendant de longues semaines. Cette peur d'aller aux toilettes en ayant à chaque fois l'impression que tes organes sont prêts à s'extirper de ton corps. Ces quantités infinies de sang que tu perds encore et encore, sans que tu n'en vois la fin. 

Postpartum à la con. Tu es aussi merveilleux que tu es cruel. Tu me fais rire de bonheur face à mon nouveau né, comme tu me fais pleurer de ne pouvoir avoir une seule seconde à moi. Tu me remplis de joie comme tu me remplis de tristesse.

Postpartum à la con. Certains diront que j'aurais dû la laisser quelques heures. Certains diront que c'est moi qui ai choisi de la garder au plus près de moi en choisissant le maternage proximal et que je n'ai pas le droit de me plaindre. Je vous emmerde. Je me plaindrai autant de fois que je le veux.

Postpartum à la con. Gens à la con qui te disent d'arrêter l'allaitement, de faire garder ton enfant, de prendre du temps pour toi. Vous n'avez rien compris. Et vous ne comprendrez certainement jamais. 

Postpartum à la con. Merci de m'avoir transformé. Merci pour toutes les épreuves que tu m'as faite traversées qui façonnent la mère que je suis et celle que je deviens. Tu es une période éprouvante, et on a beau le savoir en tant que future maman, toi tu le sais qu'on ne peut jamais se préparer à l'intensité de ton déferlement. Merci pour ton charme comme pour ta laideur. 

Postpartum à la con. Peut-être qu'on se reverra. En attendant, je m'en vais tout reconstruire après le désordre que tu as foutu. 



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